Le point Marcel-Marceau

Marcel Marceau
Marcel Marceau

En politique, tout le monde connait la fameuse Loi de Godwin. Selon celle-ci, plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité qu’un des interlocuteurs mentionne Hitler et ses nazis est grandissante. On dira de l’intervenant qui mentionne les actions de la Deuxième Guerre Mondiale en premier qu’il a atteint le point Godwin. C’est généralement vu comme un point de non-retour à partir duquel, toute la crédibilité de l’intervenant est perdue.

Pour moi, il existe un équivalent dans la politique moderne. Plus un débat s’éternise, plus la probabilité que quelqu’en se targue d’avoir le support de la majorité silencieuse s’accrois.  En hommage au plus célèbre mime de tous les temps, j’ai décidé de nommer ce phénomène le point Marcel-Marceau.

Tout comme le point Godwin marque le moment où le débat bascule dans l’absolu et l’exagération au détriment de la crédibilité, le point Marcel-Marceau, lui, marque le moment où le débat est passé aux arguments vides de sens.

When all else fails there’s always delusion. – Conan O’Brien

Pourquoi vide de sens?

Parce que la majorité silencieuse n’existe pas. S’il est vrai que bien souvent la grande majorité des ayant-part (stakeholders) d’une question vont choisir de réserver leur opinion à eux-même, il est toujours faux de prétendre que celle-ci s’exprimerait en bloc si les opinions vocales divergent.

Jamais un sondeur oserait prétendre que tous les gens ayant refusé de répondre à leur question sont alignés du même côté.

De deux choses l’une, soit il y a une majorité avérée de supporters à une question, dans quel cas il n’est pas pertinent de parler de silence, soit il n’y a que des gens silencieux qui n’ont probablement rien en commun.

Quand un politicien se targue d’avoir le support de la majorité silencieuse, c’est non seulement un signe que son argumentaire est tari mais c’est aussi, régulièrement, un présage pessimiste sur ses chances de gagner.

Jean Charest se targuait d’avoir le soutien de la majorité silencieuse durant la crise du Printemps Érable; lui et son gouvernement ont été défaits.  Bernard Drainville tente maintenant d’utiliser la majorité silencieuse pour ramener les appuis du PQ à la maison suite au déraillement PKP/souveraineté. Qu’il le sache, les appels à la mobilisation de la majorité silencieuse n’ont jamais porté fruit. Et pour cause… elle n’existe pas!

Il est temps, une fois pour toutes, que lorsqu’un politicien accouche de l’argument de la majorité silencieuse, on prenne une minute dans la salle de presse pour rire de lui de bon coeur.

 

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